Affiche du film Backrooms

Backrooms

Un film de Kane Parsons, sorti le 27 mai 2026

Status: Vu le 3 juillet 2026

OrianeGrand Ecran

Dans sa filiation directe avec le jeu vidéo - à travers la grammaire du noclip, du level design, de la réutilisation d'assets, l'affrontement avec un boss, la 3D non-euclidienne - le film rappelle, comme pour le jeu vidéo, qu'il faudrait - plus qu'il ne faudrait pas - arrêter d'écrire et revenir aux sensations dans les doigts, dans les yeux, dans les oreilles, et laisser l'écriture de côté. Les personnages et les dialogues sont les choses les moins intéressantes de Backrooms, et peut-être même les plus agaçantes. Ce besoin incessant de revenir sur des traumas, des origines dans l'enfance, dans le couple dysfonctionnel, dans la psyché d'individus qui ne demandent qu'à être des avatars désincarnés dans un labyrinthe de bruits et de volumes - j'y vois la patte d'A24 et derrière elle toute l'industrie du cinéma qui ne peut concevoir un film sans personnages, une histoire sans conflits. Et quel conflit ! La psychologue qui doute et son patient qui se sent lésé. La psychologue qui bafoue tous les principes de sa profession et son patient qui devient fou, vraiment on pouvait s'en passer. Heureusement il reste le travail sur le son, comme si quelqu'un essayait de faire de la musique après lui avoir décrit que c'était des vibrations dans l'air sur telle ou telle fréquence, ou le travail sur les volumes et la prise de vue, alternant focales, grand angle, formats d'image et traits absolument droits, si droits que c'en est perturbant à voir dans un film en 2026. Il aura fallu attendre un vidéaste de 20 ans fan de Blender pour avoir des images de cinéma qui ne baignent pas dans un anamorphisme permanent parce que quelqu'un quelque part a décidé que ces caméras coutent trop chères pour ne pas être utilisées constamment dans la production, juste parce qu'on pouvait se les permettre. Et puis le petit frisson de voir les lumières se rallumer et de constater qu'on est dans un siège rouge de cinéma répétés 40 fois à gauche et à droite, et puis de voir que cette ligne est répétée elle aussi 30 fois en bas et en haut, tout ça dans un cube noir face à un mur blanc, nos Backrooms à nous, comme ces images de pavillons états-uniens copiés collés que le film montre malicieusement ici et là, à travers quelques images insérées en transition entre deux scènes, ou des bouts d'immeubles ou de magasins fermés. Mais tout comme il faut arrêter d'écrire, il faut parfois arrêter d'analyser et juste apprécier le sentiment de la vallée étrange du réel que le film m'a remis sous les yeux, pour moins de 10 millions de dollars de budget, un franc succès.

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