Affiche du jeu vidéo Many Nights a Whisper

Many Nights a Whisper

Un jeu vidéo de Deconstructeam, sorti le 29 avril 2025

Status: Joué entre le 1 et le 3 juillet 2026

Oriane

Avant toute chose, c'est un bon jeu et je le recommande à tout le monde, et surtout à celles et ceux qui aimeraient découvrir ce que le jeu vidéo peut faire, loin des clichés et de l'industrie mortifère. pour aller plus loin, Many Nights a Whisper me frustre mais ça en dit plus sur moi que sur le jeu, comme toujours. Il me frustre parce qu'il me permet de me rappeler qu'il s'agit d'un jeu, et à ce titre il peut se gagner ou se perdre, avec des règles et des conditions qu'on peut exploiter, automatiser, pour finalement adoucir l'ensemble. J'ai très vite pu trivialiser le tir à force de m'entraîner, en prenant comme références des éléments du paysage, des angles précis, des automatismes qui m'ont éloigné de la tension de réussir (ou pas) le tir final. J'ai quand même ressenti la pression au moment de lâcher le bouton une dernière fois, mais j'aurais aimé que le jeu fusse plus radical encore dans son exécution, et m'empêche de trop bien le jouer, finalement. Si ce n'est pas avec Deconstructeam et leurs titres en marge de l'industrie, si ce n'est pas dans ce genre de propositions qui font moins de deux heures, où puis-je trouver des jeux qui se refusent à moi, qui refusent la possibilité même d'être à l'aise dans les mécaniques, dans le propos, dans le temps imparti et dans l'exécution permissive ? Many Nights a Whisper, comme Citizen Sleeper, me rappelle les souvenirs brumeux d'un Cart Life ou d'un Memrrtiks Suashem, des jeux qui se refusent à toute éventualité d'en faire le tour et de les maîtriser. Si j'avais fait ce jeu, voici ce que j'aurais modifié: - faire en sorte que les souhaits des gens qu'on écoute le soir se déroulent en temps réel, au lieu d'être subjugués - sous notre joug - à notre volonté. Forcer notre prise de décisions, la réduire à l'instant T, ne pas peser le pour et le contre éternellement, car nous sommes moins des juges que des bourreaux dans cette cérémonie, l'âme à la main; - faire en sorte qu'on ne puisse pas maintenir à l'infini notre arc bandé, pour faire du tir quelque chose qui ne soit pas le résultat d'un temps infini de préparations, car nous ne sommes pas Batman ni encore moins un être divin, mais bel et bien humain·e, avec un corps qu'on croît maîtriser, jusqu'au jour où, jusqu'au moment où. - recevoir des souhaits plus radicaux et encore plus égoïstes, moins démonstratif d'une certaine politique de gauche qui se veut et aime s'imaginer sensible et bienveillante. Des gens qui demandent la mort des maris qui battent leurs femmes, une révolution qui destitue l'oligarchie, l'effacement de toutes les actions en bourse, le retour des dinosaures sur terre, la création d'une deuxième lune - ne pas montrer si le tir final a été réussi ou pas. Voir la flèche décochée monter haut dans le ciel, et au moment où elle atteint le sommet de la cloche, faire un cut. Cette mise en scène, beaucoup de gens la refuseraient sans doute, et je pense que ça montrerait bien le déplacement dramatique que le jeu opère justement sur nous, dans le fait de s'attacher à voir le résultat de nos actions plutôt que sur l'action en elle-même, et ce que ça signifie pour nous qui arrivons à la fin de notre cycle de dix ans. Est-ce que notre futur dépend de ce tir ? Sommes-nous moins ou plus que ce que nous étions dix secondes si le tir est réussi ou loupé ? Est-ce raisonnable, souhaitable, d'attendre autant d'une seule action, collectivement, et individuellement ? Autant de questions qui auraient plus de poids selon moi si la fin n'apportait pas la réponse.

Tampon approuvé sur l'oeuvre

Dans les listes suivantes: